Les moments parfaits n'existent pas. Le beau n'existe pas.
Ces deux phrases seraient une raison valable de mettre fin à ses jours sur le champs. Quel sens donner à l'existence s'il n'y a pas de moments parfaits, si nous sommes condamnés à ne jamais connaître l'envolée que nous recherchons tous, l'intensité sur laquelle nous pleurons au cinéma, en lisant, en écoutant de la musique ?
Le beau, une aspiration jamais satisfaite. Pas le beau dans sa définition actuelle, matérielle, subjective. Le beau n'aurait pas de définition ; il serait simplement là, dans l'instant, dans la concordence des hasards, juste figé, grandiose, parfait. Mais ce qu'on ne peut définir n'existe pas, ou du moins on ne saura jamais si cela existe, ce qui revient sensiblement au même.
On essaye de nous faire croire que tout cela est possible, mais le beau accessible n'est autre que le kitsch tel que l'a défini Kundera, c'est-à-dire "la négation absolue de la merde" et surtout "l'accord catégorique avec l'être", un voile de pudeur sur les horreurs du monde. Ce qui est kitsch n'est pas beau, ce qui est kitsch est seulement défini et accepté comme beau pour l'ensemble d'une culture, d'une religion, etc. Le kitsch met tous les hommes d'accords et les fait s'émouvoir en choeur devant une beauté reconnue et artificielle. Cet amalgame fait que nos coeurs se serrent devant un baiser sous la pluie, des enfants qui courENT, un soleil couchant, des choses atrocement banales et programmées, dénuées de toute beauté.
Les dialogues de films qui tentent de dessiner ce que pourraient être un moment parfait sont irréalisables dans la vraie vie : on ne dit jamais la bonne chose au bon moment. On se dit après, "si j'avais fait ceci ou dit cela, ça aurait été beau". Nous rembobinons, arrangeons nos mémoires de telle façon que rétrospectivement, nous avons l'impression d'avoir quelques moments parfaits à notre actif, alors que ce beau nous l'avons inventé de toutes pièces, avec le plus ou moins de poésie disponible en chaque être humain. Il n'existe que dans nos imaginations, ce n'est qu'une hypothèse. Les moments ne sont jamais parfaits. Il sont justes banals. Nous n'avons jamais de souvenir qui nous est propre : tout a déjà été réecrit en mieux avant même que nous l'ayons vécu, et de fait nos vies sont toujours moins bien que les fictions.
Alors plus rien n'a de sens : faire des études, faire des enfants, faire la guerre, la paix, tout cela est absurde puisque rien n'est jamais beau. Quoi d'autre que le beau pour donner un sens à nos actes ? La seule chose concrète à laquelle nous puissions nous raccrocher c'est le plaisir. Le reste n'a aucune importance. A quoi bon réussir sa vie si le beau n'existe pas ? Peut-on réussir sa vie si le beau n'existe pas ? A quoi bon être en bonne santé ? A quoi bon s'instruire ? Mieux vaut encore ne rien savoir et croire naïvement aux moments parfaits.
Cependant, il y a toujours ce doute qui subsiste. Le beau n'ayant pas de définition, nous ne pouvons être absolument certains qu'il n'existe pas, comme nous ne pouvons prouver qu'il existe. Alors nous continuons, et peut-être, oui, peut-être, allons-nous le croiser au moins une fois ce beau, et ce serait unique, il y aurait de la musique, des centaines de violons et le coeur qui bat la chamade, ce serait parfait. Et sur notre lit de mort nous ferons défiler uns à uns les moments de notre vie, pour finalement nous rendre compte qu'il n'y en a aucun qui pourrait même prétendre à cette perfection qui nous a tant tourmenté, et que l'existence est vaine.
J'y pense souvent et ça me prends la gorge, je reste des heures sans savoir quoi faire, au bord de ce qu'on appelle communément "l'angoisse" et qui m'étreint de temps en temps. Puis, ça passe, comme un vertige, et ne reste plus qu'un léger malaise.... De toute façon ça n'interesse personne, et je ferais mieux de réviser mon bac au lieu d'élucubrer toute seule.
(photo : blue valentines - tom waits ; la blonde c'est rickie lee jones)
Ces deux phrases seraient une raison valable de mettre fin à ses jours sur le champs. Quel sens donner à l'existence s'il n'y a pas de moments parfaits, si nous sommes condamnés à ne jamais connaître l'envolée que nous recherchons tous, l'intensité sur laquelle nous pleurons au cinéma, en lisant, en écoutant de la musique ?
Le beau, une aspiration jamais satisfaite. Pas le beau dans sa définition actuelle, matérielle, subjective. Le beau n'aurait pas de définition ; il serait simplement là, dans l'instant, dans la concordence des hasards, juste figé, grandiose, parfait. Mais ce qu'on ne peut définir n'existe pas, ou du moins on ne saura jamais si cela existe, ce qui revient sensiblement au même.
On essaye de nous faire croire que tout cela est possible, mais le beau accessible n'est autre que le kitsch tel que l'a défini Kundera, c'est-à-dire "la négation absolue de la merde" et surtout "l'accord catégorique avec l'être", un voile de pudeur sur les horreurs du monde. Ce qui est kitsch n'est pas beau, ce qui est kitsch est seulement défini et accepté comme beau pour l'ensemble d'une culture, d'une religion, etc. Le kitsch met tous les hommes d'accords et les fait s'émouvoir en choeur devant une beauté reconnue et artificielle. Cet amalgame fait que nos coeurs se serrent devant un baiser sous la pluie, des enfants qui courENT, un soleil couchant, des choses atrocement banales et programmées, dénuées de toute beauté.
Les dialogues de films qui tentent de dessiner ce que pourraient être un moment parfait sont irréalisables dans la vraie vie : on ne dit jamais la bonne chose au bon moment. On se dit après, "si j'avais fait ceci ou dit cela, ça aurait été beau". Nous rembobinons, arrangeons nos mémoires de telle façon que rétrospectivement, nous avons l'impression d'avoir quelques moments parfaits à notre actif, alors que ce beau nous l'avons inventé de toutes pièces, avec le plus ou moins de poésie disponible en chaque être humain. Il n'existe que dans nos imaginations, ce n'est qu'une hypothèse. Les moments ne sont jamais parfaits. Il sont justes banals. Nous n'avons jamais de souvenir qui nous est propre : tout a déjà été réecrit en mieux avant même que nous l'ayons vécu, et de fait nos vies sont toujours moins bien que les fictions.
Alors plus rien n'a de sens : faire des études, faire des enfants, faire la guerre, la paix, tout cela est absurde puisque rien n'est jamais beau. Quoi d'autre que le beau pour donner un sens à nos actes ? La seule chose concrète à laquelle nous puissions nous raccrocher c'est le plaisir. Le reste n'a aucune importance. A quoi bon réussir sa vie si le beau n'existe pas ? Peut-on réussir sa vie si le beau n'existe pas ? A quoi bon être en bonne santé ? A quoi bon s'instruire ? Mieux vaut encore ne rien savoir et croire naïvement aux moments parfaits.
Cependant, il y a toujours ce doute qui subsiste. Le beau n'ayant pas de définition, nous ne pouvons être absolument certains qu'il n'existe pas, comme nous ne pouvons prouver qu'il existe. Alors nous continuons, et peut-être, oui, peut-être, allons-nous le croiser au moins une fois ce beau, et ce serait unique, il y aurait de la musique, des centaines de violons et le coeur qui bat la chamade, ce serait parfait. Et sur notre lit de mort nous ferons défiler uns à uns les moments de notre vie, pour finalement nous rendre compte qu'il n'y en a aucun qui pourrait même prétendre à cette perfection qui nous a tant tourmenté, et que l'existence est vaine.
J'y pense souvent et ça me prends la gorge, je reste des heures sans savoir quoi faire, au bord de ce qu'on appelle communément "l'angoisse" et qui m'étreint de temps en temps. Puis, ça passe, comme un vertige, et ne reste plus qu'un léger malaise.... De toute façon ça n'interesse personne, et je ferais mieux de réviser mon bac au lieu d'élucubrer toute seule.
(photo : blue valentines - tom waits ; la blonde c'est rickie lee jones)
